Chauffeur de pousse-pousse, peintre en bâtiment, mécanicien... mais aussi l’un des hommes les plus rapides du monde

Doha, QATAR - 5 octobre 2019 : Le Colombien Anthony José Zambrano, médaille d'argent, lors de la cérémonie de remise des médailles du 400 mètres masculin aux championnats du monde d'athlétisme de l'IAAF.
Doha, QATAR - 5 octobre 2019 : Le Colombien Anthony José Zambrano, médaille d'argent, lors de la cérémonie de remise des médailles du 400 mètres masculin aux championnats du monde d'athlétisme de l'IAAF.

« Rêver petit, c’est hypocrite. Il faut rêver en grand », déclare Anthony Zambrano. Avec cet état d’esprit, il a remporté la médaille d’argent sur 400 m aux Championnats du monde de Doha en 2019, et vise désormais une médaille à Tokyo 2020.

Anthony Zambrano a créé et construit son histoire de ses propres mains. Au sens propre.

Cet athlète de 22 ans a déjà participé une fois aux Jeux Olympiques et gagné une médaille d’argent aux Championnats du monde d’athlétisme en 2019. Il a également un parcours professionnel incroyablement diversifié.

« J’ai fait beaucoup de choses différentes dans ma vie : chauffeur de pousse-pousse à vélo et à moto, maçon, peintre, décorateur, mécanicien... Je ne regrette aucun de ces métiers, car ces sacrifices m’ont permis de me battre et d’arriver là où j’en suis aujourd’hui. Chaque fois que je suis sur la piste, je repense à qui je suis, d’où je viens, et à comment j’en suis arrivé là », raconte l’athlète à Tokyo 2020.

Grandir en Colombie n’est pas une chose facile, et nombreux sont ceux qui doivent apprendre à gagner leur vie très jeune. Malgré cela, Zambrano n’a jamais renoncé à ses rêves.

« J’ai dû affronter des choses difficiles dans ma vie, mais petit à petit, elles sont devenues moins dures. C’est comme de la pâte à cuisiner ! Quand on rajoute de l’eau, elle se ramollit, et là, on peut en faire de l’arepa [plat traditionnel très populaire en Colombie]. La vie, c’est la même chose. Un diamant a besoin d’être poli pour révéler tout son éclat », explique-t-il.

Cali, COLOMBIE - 16 juillet 2015 : La réaction du Colombien Anthony Jose Zambrano après avoir couru la demi-finale du 400 m hommes, le deuxième jour des Championnats du monde d’athlétisme jeunesse.
Cali, COLOMBIE - 16 juillet 2015 : La réaction du Colombien Anthony Jose Zambrano après avoir couru la demi-finale du 400 m hommes, le deuxième jour des Championnats du monde d’athlétisme jeunesse.
Buda Mendes/Getty Images pour l’IAAF

Porté par sa famille

Zambrano était un diamant brut, mais quelqu’un s’est chargé de révéler tout son éclat. Sa mère.

C’est elle qui l’a élevé et qui a fait en sorte qu’il croie toujours en ses rêves.

« Ma mère est ma source de motivation. Depuis mon enfance, elle s’est toujours battue pour nous. À cause de moi, elle a dû travailler très dur en tant que mère au foyer. Dieu merci, elle peut se reposer un peu maintenant, parce que je peux lui offrir une meilleure vie. C’est ça qui m’a toujours motivé », explique-t-il.

Et d’ailleurs, c’est la mère de Zambrano qui aujourd’hui conserve toutes ses médailles et ses trophées.

« Toutes mes médailles sont pour elle. Ce n’est pas moi qui les garde... elle me les vole tout le temps ! C’est moi qui fais la compétition et elle qui gagne les médailles », raconte l’athlète colombien en rigolant.

L’une des récompenses auxquelles sa mère tient particulièrement est sa médaille d’argent sur 400 m des Championnats du monde 2019.

Jusqu’à présent, cette médaille représente son plus grand accomplissement en tant qu’athlète. Et cette fois encore, sa mère a joué un rôle essentiel dans sa réussite.

« Je me rappelle très clairement des sessions d’entraînement, et de tous les sacrifices que j’ai dû faire pour gagner cette médaille. Rien de ce que j’ai fait n’a été en vain. Je suis parti de la maison, et c’est comme ça que j’ai réalisé le rêve de ma mère. Elle m’a dit qu’elle serait la personne la plus heureuse du monde si je lui rapportais une médaille des Championnats du monde et une médaille olympique. Alors, je lui ai dit : “Ne t’inquiète pas, Maman. Je m’en occupe. Avec ton soutien et celui de ma femme, rien ne peut nous arrêter” », se remémore Zambrano.

Il a déjà remporté l’une de ses deux récompenses, mais la médaille olympique est toujours son rêve.

Une surprise pour Tokyo 2020

À l’approche de Tokyo 2020, l’objectif de Zambrano est d’accomplir quelque chose de grand.

Le coureur a déjà participé une fois aux Jeux Olympiques. Alors âgé de seulement 18 ans, le Colombien a pris part au relais 4 x 400 m à Rio 2016.

Mais à cette époque, tout n’était pas au mieux dans sa vie.

« Ce n’était pas ma meilleure période. J’ai fait une belle performance à Rio, mais ce n’était pas parfait parce que j’étais jeune. Je me suis laissé troubler par beaucoup de choses. Mais ensuite, j’ai fait de Tokyo 2020 mon nouvel objectif. »

Peu de temps après les Jeux Olympiques de Rio, Zambrano s’est blessé à la cheville qui a nécessité deux années complètes pour se rétablir.

À cette époque, il a cru voir ses rêves s’effacer. Il n’a pas trouvé le soutien dont il avait besoin et a même commencé à remettre en question sa carrière d’athlète. Il a envisagé de retourner à son ancienne vie et de peut-être reprendre son activité de peintre ou de chauffeur.

Mais il s’est relevé.

« J’étais sur le point d’abandonner ma carrière, mais ma mère m’a soutenu et m’a aidé à récupérer de ma blessure. »

Et grâce à cela, il s’est mis à rêver de Tokyo à nouveau, bien qu’il ne veuille pas dire exactement en quoi consiste ce rêve. « Je préfère que ça reste une surprise », dit-il.

Le sport m’a remis sur le bon chemin.

Je suis heureux d’être un athlète dans mon pays.

Un exemple pour les jeunes

Zambrano veut que sa carrière inspire d’autres jeunes en Colombie. Il veut que leurs rêves soient aussi ambitieux que les siens.

« Je suis heureux de pouvoir motiver d’autres jeunes. En Colombie, ils font face à beaucoup de violence, et peuvent se retrouver sur la mauvaise pente et prendre de mauvaises décisions. J’aimerais leur montrer que, si moi j’ai réussi, eux aussi le peuvent. Dans mon cas, c’est le sport qui m’a remis sur le bon chemin. Je suis heureux d’être un athlète dans mon pays. Et mon pays est heureux quand je le représente. »

Zambrano n’est pas sur le bon chemin que lorsqu’il est sur la piste, il l’est aussi en dehors. C’est sa façon à lui d’être un athlète accompli. Et bien sûr, il continue de rêver.

« J’aime avoir de grands rêves. Rêver petit, c’est un peu hypocrite. J’ai toujours été ambitieux. Mon professeur [c’est ainsi que Zambrano appelle son entraîneur] m’a expliqué qu’un bon athlète n’est pas seulement bon sur la piste, mais aussi à l’extérieur. Il doit bien se comporter et être une personne bien élevée. »

« Dans la vie, il faut se battre pour réaliser ses rêves. Il ne faut jamais abandonner, sinon c’est perdu d’avance. La vie est pleine d’obstacles et de barrières. Il n’y a que deux options : les surmonter ou faire du surplace. »

Au-delà des Jeux

Et maintenant que Zambrano est sur le bon chemin, il va devoir se préparer à une route des plus difficiles lorsqu’il sera à Tokyo 2020. Et il est bien conscient des efforts qu’il va devoir fournir.

« Dans la vie, il faut faire des centaines et des centaines de choses pour en accomplir qu’une seule. Si Usain Bolt a eu besoin de quatre ans pour améliorer son record personnel de quelques secondes, alors je vais devoir faire autant d’efforts pour gagner une médaille olympique. »

C’est avec cet état d’esprit que l’athlète va essayer de participer à des compétitions en Europe, et tenter de battre son record personnel de 44,15 s établi à Doha. C’est aussi dans cette même ville que Zambrano est devenu le premier athlète colombien à remporter une médaille sur 400 m aux Championnats du monde.

Cependant, tous les rêves de Zambrano ne sont pas liés à l’athlétisme... bien qu’ils aient quand même un lien avec la vitesse.

« Mon loisir, c’est la moto. Pendant le confinement, j’ai démonté et remonté mes motos, et maintenant elles sont plus belles. Le jour où je mettrai fin à ma carrière sportive, j’aimerais avoir mon propre garage. »

De toute évidence, Anthony Zambrano est encore ce même jeune homme qui a décidé de quitter la Colombie pour véritablement rêver en grand.