Alain Bernard : « 20 ans de travail condensé en 47 secondes » 

Pékin, CHINE - 14 août 2008 : Le nageur français Alain Bernard après sa victoire en finale du 100 m nage libre en 47,21 s.
Pékin, CHINE - 14 août 2008 : Le nageur français Alain Bernard après sa victoire en finale du 100 m nage libre en 47,21 s.

Alain Bernard a remporté quatre médaille olympiques en natation. Pour Tokyo 2020, il revient sur sa carrière et parle de l’expérience qu’il propose sur le festival d’expériences d’athlètes olympiques et paralympiques en ligne d’Airbnb.

Du 24 juillet au 29 juillet, certains des meilleurs athlètes au monde partageront leur expérience olympique ou paralympique inoubliable à l’occasion d’un festival d’été en ligne d’une semaine.

Ce festival d’expériences d’athlètes olympiques et paralympiques, hébergé par Airbnb, permettra au fans du monde entier de participer à plus de 100 activités interactives présentées par des athlètes de haut standing comme Naomi Osaka, Nicolas-Guy Turbide, Emilio Falla, Rui Hachimura ou encore Allyson Felix.

Le champion olympique de natation Alain Bernard fait également partie de la liste, et partage son expérience sportive et personnelle pour être plus efficace dans la vie. « Prendre le temps d’aller vite », c’est le nom qu’il a donné à l’expérience.

C’est en partie grâce à cette idée qu’Alain Bernard a su décrocher le titre olympique sur 100 m nage libre aux JO de Pékin 2008. Avant son exploit en or sur 100 m nage libre à Pékin 2008, il fallait remonter à 1952 pour retrouver la trace d’un champion olympique masculin en natation. En Chine, il a également remporté le bronze sur 50 m nage libre et l'argent en relais 4 x 100 m nage libre, avant de remporter l'or sur 4 x 100 m nage libre à Londres 2012.

Avec Yannick Agnel, Camille Lacourt ou encore Fabien Gilot, il fait partie de cette génération dorée de nageurs français qui ont trustés les podiums internationaux pendant plusieurs années.

Mais cet exploit, Alain Bernard l’a attendu. Il l’a attendu activement, en s’entraînant « deux fois par jour pendant 10 ans » avec persévérance et determination, malgré de nombreux échecs, à l’instar de sa non-qualification pour les JO d’Athènes.

Pour Tokyo 2020, il revient sur sa carrière en expliquant notamment comment il est passé dans une autre catégorie en 2007 pour arriver jusqu’au titre olympique, et quel type d’expérience il offre à travers le festival d’expériences en ligne sur Airbnb.

Juste avant le départ, j'ai senti ma jambe qui tremblait.

Je me suis dit : “allez, il faut y aller”.

Quand vous repensez à vos deux Jeux Olympiques, à Pékin 2008 et à Londres 2012, y a-t-il un élément qui ressort au delà de vos médailles olympiques ?

Je me souviens souvent de ce moment où j’ai reçu l'équipement de l'équipe de France. C’est quelque chose de touchant. On va représenter la France. On a le bonnet avec notre nom… Ce sont des moments clés qui nous disent que l'on fait vraiment partie de l'aventure et qui donnent encore plus envie d’aller au bout.

Le moment où on est rentré dans le Water Cub de Pékin (Centre national de natation) , avec Denis Auguin, mon entraîneur, et mon meilleur ami de l'époque Boris Steimetz, qui faisait partie du relais 4 x 100 m. On s’est pris bras dessus bras dessous et on s'est dit : ça y est, on y est. C'était un moment d’extase.

Avant la finale du 100 m nage libre, étiez-vous imperméable à la pression ?

Je suis arrivé à Pékin à 25 ans, un âge plutôt mature, en ayant raté ma qualification olympique quatre ans plus tôt pour 17 centièmes de seconde. C’était un peu une revanche et un rêve qui se concrétise.

Jusqu’à la course, j’ai très bien géré la pression mais j'ai eu un gros coup de stress sur le plot, juste avant le départ. J'ai senti ma jambe qui tremblait. Je me suis dit : “allez, il faut y aller”. En même temps on est impatient d’en découdre dans l'eau et de l’autre côté, on a envie d'en profiter au maximum. Mais ça passe à une vitesse folle.

Lorsque vous réalisez que vous avez gagné, vous vous asseyez sur la ligne d’eau… Que se passe-t-il dans votre tête ?

Ça passe très vite encore une fois. Je touche le mur, je me retourne et je vois que je suis premier… Je me dis que je suis premier de la finale des Jeux. C'est la course reine.

J’ai juste envie d’exulter, d’exploser et de manifester ma joie. C’est indescriptible. C’est 20 ans de travail condensé en 47 secondes.

On est en 2008 et ça fait dix ans que Denis m’entraîne. On est parti de très, très loin. On a construit quelque chose ensemble. Il a toujours su être présent et je ne pourrai jamais assez le remercier pour son engagement et à sa ténacité. Quand j'étais plus jeune, je n'étais pas du tout conscient que j'étais capable de faire ça. C'est au fil du temps et de la progression qu’il m’a sensibilisé là-dessus.

Un finish de relais épique | Pékin 2008
09:45

Aujourd’hui, que pensez-vous de la natation française ?

On a un petit passage à vide. On a eu tendance à banaliser des résultats exceptionnels de 2010 à 2014. Quand certains ont arrêté, comme Fabien Gilot, comme Camille Lacourt ou Yannick Agnel, ça a fait un grand vide.

Néanmoins, il y a une très belle génération de jeunes qui arrivent. Ils sont très prometteurs et on espère construire une équipe forte pour les Jeux olympiques de Paris 2024. Parce que ce sera juste pour Tokyo 2020.

On a eu des résultats hors norme mais cela ne veut pas dire que l'on maîtrise de A à Z notre cursus de formation et d'accompagnement sur le très haut niveau. Il y a toujours une remise en question opérée de la part de la Fédération française de natation, dont je suis membre du comité directeur. On veut adopter les bonnes stratégies sportives pour mettre en place des actions de regroupement.

Il faut vivre avec son temps et savoir faire avec ce qui marche et ce qui ne marche pas.

À partir de 2007, vous avez enchaîné les podiums internationaux. Comment passe-t-on du « bon » au « très bon » ?

Je suis convaincu que dans la vie, tout se paye et tout se mérite. Avec du travail, si on y croit et que l’on s’investit, on aura des résultats.

Je me suis engagé dans un projet de sport études à 15 ans. J'ai raté ma qualification aux Jeux olympiques d'Athènes à 21 ans et j'étais convaincu que je pourrais être capable de faire mieux.

C'est à travers cet engagement de tous les jours, en étant extrêmement rigoureux sur la préparation physique, sur la récupération, sur l'hydratation, le sommeil, l’alimentation que j’ai réussi. Si on est rigoureux et que l’on sait être patient, je suis convaincu que beaucoup de jeunes peuvent se surprendre. La persévérance est primordiale.

Pendant des années, on répète et on travaille et un jour, tout se met bien en place. C’est pour cela qu’aujourd’hui, je suis très engagé sur le partage partage d’expérience. C'est fondamental.

Pékin, CHINE - 14 août 2008 : Alain Bernard pose avec sa médaille d’or des JO de Pékin 2008 remportée dans l’épreuve du 100 m nage libre.
Pékin, CHINE - 14 août 2008 : Alain Bernard pose avec sa médaille d’or des JO de Pékin 2008 remportée dans l’épreuve du 100 m nage libre.
Al Bello/Getty Images

Que partagez-vous lors de la session dans le cadre du festival en ligne d’Airbnb ?

C'est un moment d'échange et de partage avec des personnes sportives et non sportives qui connaissent la natation ou pas.

Je me présente, je raconte mon parcours et mon expérience. Mes échecs également, en expliquant comment j’ai fait pour rebondir et retrouver la force pour obtenir ma qualification olympique.

Le message principal que je porte, c'est « croyez en vous et surtout, soyez patients pour construire votre vie ».

C’est pour cela que cette expérience s’appelle « prendre le temps d'aller vite ». C’est une expression qui vient de mon entraîneur lorsque j'avais du mal à faire de bons chronos et que je me précipitais en passant à côté de certains fondamentaux.

Pourquoi avez-vous donné ce nom à cette expérience ?

Un jour, mon entraîneur m'a dit : « il faut que tu prennes le temps d'aller vite ». C'est complètement paradoxal, mais c’est réel. Si on se précipite en natation, On passe à travers beaucoup de choses et on n’est pas efficace. Alors que si l’on prend le temps de faire un grand mouvement et de le faire le plus rapidement possible, on a beaucoup plus de chances d'aller vite.

Cette expérience dépasse l’aspect purement sportif…

Depuis tout petit, je cherche à me démarquer en faisant les choses correctement, avec bienveillance et attention. J’essaie de partager cela.

À la fin, il y a une petite surprise quand je montre mes médailles. Mais je garde cela pour l’expérience !