Agbégnénou : De retour après une période difficile

Rio de Janeiro, BRÉSIL - 2016 : La Française Clarisse Agbegnenou contre la Japonaise Miku Tashiro lors de la demi-finale -63kg des Jeux Olympiques de Rio 2016
Rio de Janeiro, BRÉSIL - 2016 : La Française Clarisse Agbegnenou contre la Japonaise Miku Tashiro lors de la demi-finale -63kg des Jeux Olympiques de Rio 2016

La judokate française, quadruple championne du monde, a été profondément affectée par le report des Jeux. Plus d'un mois après l'annonce, elle se sent mieux et apprend de nouvelles compétences pour l'aider à remporter le seul titre qui manque à son CV : l'or olympique. 

Plus d'un mois après l'annonce du report des Jeux de Tokyo 2020, Clarisse Agbégnénou le dit clairement. Elle était « dévastée », selon ses propos émis à l'AFP.

La judoka française, quadruple championne du monde et médaillée d'argent chez les -63 kg à Rio 2016, avait travaillé dur pour décrocher l'or olympique à Tokyo 2020 - le seul titre qui manque à son palmarès. Et même si elle sait que le report était clairement le bon choix, Agbégnénou n'a pas pu, dans un premier temps, relativiser.

« Je n'étais vraiment pas bien. J'en ai beaucoup pleuré, je ne voulais pas parler », se souvient-elle.

« Parce que je n'avais qu'un objectif en tête, que je me suis entraînée pendant quatre ans, que j'ai fait des sacrifices, que ça a été dur, long, qu'il ne restait que quelques mois, que ça arrivait presque au bout, et non, on me l'enlevait et on me disait de continuer à m'entraîner. Ça a été très compliqué de me dire qu'il fallait recommencer pendant encore un an. »

Bien sûr, je me suis dit : « Evidemment, je me suis dit: 'Clarisse, tu vois bien que la situation est impossible, que tu ne peux pas faire les Jeux, que personne ne peut les faire, la santé passe avant tout'. »

« Mais c'est vrai qu'une partie de moi pensait qu'on allait trouver une solution. Mais non, ce virus est coriace, et bien sûr, c'était le meilleur des choix. »

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Le Nippon Budokan, le site olympique qu'elle connaît bien

À seulement 27 ans, Agbégnénou n'a besoin que d'un titre supplémentaire : l'or olympique.

Elle l'a raté à Rio 2016, en s'inclinant face à la Slovène Tina Trstenjak. Un an plus tard, elle a pris sa revanche en s'imposant contre elle au Championnat du monde de judo 2017.

Après avoir remporté sa quatrième médaille d'or mondiale en août 2019, elle est devenue la judokate la plus décorée de France, en dépassant l'une des plus talentueuses judokate, la championne olympique Lucie Décosse.

Elle a remporté le titre en battant l'athlète japonaise TASHIRO Miku au mythique Nippon Budokan, le site qui accueillera l'épreuve de judo de Tokyo 2020. Il va sans dire qu'elle était très impatiente de se rendre à Tokyo pour décrocher le graal olympique.

« J'attendais vraiment ça pour compléter mon livre, boucler ce cycle : il ne me manque plus que la médaille d'or olympique pour pouvoir dire que j'ai tous les titres qu'un athlète peut obtenir. J'étais dans un sprint, sur ma lancée, à fond, et en plein milieu, on m'a dit : 'Ah non, finalement, c'est un faux départ, il faut tout recommencer'. C'est difficile. »

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« J'ai trouvé une autre motivation »

Agbégnénou a passé toute la période de confinement à La Réunion, une île française d'outre-mer située dans l'océan Indien. Et elle a eu tout le temps de faire le point sur la situation et de digérer le report.

« Ça va mieux. Avec le recul, je me dis que c'était juste impossible de voyager et de combattre dans ces conditions. »

Elle admet cependant que le 28 juillet, date à laquelle elle devait combattre à Tokyo, sera difficile.

« Mais je pense que quand la date arrivera, ça me fera une petite piqûre de rappel. »

Même si la France a commencé à mettre en place des mesures de déconfinement, Agbégnénou doit encore attendre, car le judo est un sport de contact qui ne permet pas une distanciation sociale comme le permettraient la course à pied ou le cyclisme.

Elle s'entraîne encore, mais elle a évidemment beaucoup plus de temps libre. Elle a maintenant trouvé un moyen de changer sa routine afin de faire des choses qu'elle n'est pas obligée de faire. Par exemple, en travaillant sur sa souplesse.

« Je m'entraîne au moins une fois par jour. J'ai trouvé une autre envie, une autre motivation : il y a plein de choses que je n'avais pas l'habitude de travailler ou que je ne travaillais plus par manque de temps. Je ne suis pas très souple, alors je travaille ma souplesse. Je fais plus de yoga, de mobilité. J'essaie de faire des choses qui m'intéressent, et pas parce que je suis obligée de les faire. »

Apprendre de nouvelles techniques

Agbégnénou a réussi à tirer les avantages du confinement, ce qui est le meilleur état d'esprit à avoir en ces temps difficiles.

« J'aime planifier les choses... alors j'apprends à être une nouvelle personne, à vivre au jour le jour ».

Elle apprend également à être « patiente dans l'incertitude », ce qui pourrait être très utile lors d'une compétition aussi ouverte que les Jeux Olympiques. Si elle n'arrête pas d'apprendre de nouvelles compétences, ce sera difficile de l'arrêter sur le chemin de la gloire olympique.